Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Droit et politique togolais

LES ENJEUX POLITIQUES DES ELECTIONS MUNICIPALES DU 30 JUIN 2019

27 Juin 2019 , Rédigé par Zeus Dodji Akpatcha Publié dans #Droit des collectivités territoriales

Au-delà de l’élection des conseillers municipaux, les élections municipales du 30 juin 2019 revêtent des enjeux politiques importants. Ces enjeux concernent particulièrement l’opposition dite « radicale » qui n’a pas officiellement gagné une élection au Togo depuis les législatives de 1994. Dans un contexte politique pesant où l’opposition est dos au mur face au parti au pouvoir qui se ragaillardit de jour en jour, les élections municipales permettront aux uns et aux autres de se faire une idée de leur positionnement sur l’échiquier politique. En quête de rachat auprès de l’opinion publique après le boycott aberrant des dernières élections législatives, l’opposition vise également le Sénat pour intégrer à nouveau l’appareil politique national. Au demeurant pour le parti au pouvoir et l’opposition, il s’agira d’une répétition générale en vue de la présidentielle d’avril 2020.

 

              1. L'opposition radicale en quête de rachat

 

Sur le plan politique, la participation de l’opposition radicale au scrutin du 30 juin 2019 intrigue pour plusieurs raisons. En effet, elle avait décidé de boycotter les élections législatives de décembre 2018 pour protester contre les conditions d’organisation du scrutin. Il s’agissait pour elle de mettre un coup de pression sur le pouvoir pour obtenir, avec le concours de la facilitation de la CEDEAO, le report du scrutin. Toutefois, cette stratégie a montré ses limites puisque le pouvoir a fait la sourde oreille aux revendications de l’opposition pour organiser les élections avec la caution de l’opposition dite « modérée » et de la CEDEAO apparemment lassée des volte-face récurrents de l’opposition. N’attendant visiblement que ça, l’opposition modérée a bondi sur l’occasion pour marchander quelques sièges à l’Assemblée nationale avec le pouvoir.

Toutefois, l’opposition radicale s’est retrouvée victime de sa propre stratégie. En effet, comme en 2002 où la même stratégie avait été adoptée sans succès, les conséquences du boycott ont été cinglantes. Le pouvoir et ses alliés de circonstance se sont arrogé le droit de bouleverser le destin constitutionnel de l’Etat en procédant à une réforme constitutionnelle de grande envergure. L’on ne saurait comprendre que depuis que la Constitution de 1992 a été adoptée par le peuple togolais, l’opposition radicale soit absente de l’échiquier institutionnel à des moments clés comme lorsqu’il s’agit de procéder à des réformes constitutionnelles importantes. Visiblement l’amère expérience de 2002 n’a pas servi de leçon à ces mêmes acteurs politiques qui étaient déjà au-devant de la scène en 2002.

Vilipendée pour l’inefficacité de sa stratégie de boycott et pour les conséquences fâcheuses qui en ont découlé, l’opposition radicale n’avait d’autre choix que de prendre le train en marche pour les élections municipales du 30 juin 2019. Et curieusement, on ne parle plus des conditions d’organisation du scrutin. On pourrait se demander comment tout a-t-il pu rentrer dans l’ordre alors que l’opposition décrivait une situation chaotique il y a tout juste six (6) mois ? Quelles sont les réelles motivations de l’opposition en prenant part à ce scrutin ? Tout compte fait, elle sera attendue au tournant par ses électeurs et doit rendre beaucoup de comptes. Sa participation au scrutin se présente comme une tentative de rachat auprès de l’opinion publique et de la Communauté internationale.

 

2. La répétition générale pour l'élection présidentielle de 2020

 

Le scrutin du 30 juin 2019 se présente comme une répétition générale pour la présidentielle de 2020. En effet, il s’agirait vraisemblablement de la dernière élection avant la présidentielle qui aurait lieu dans moins d’un (1) an en avril 2020, à moins que les élections régionales soient programmées d’ici là. Il n’est donc pas étonnant de voir que tous les partis susceptibles de présenter un candidat pour la présidentielle soient sur la ligne de départ avec des objectifs différents.

Pour le parti au pouvoir, il s’agira d’évaluer son expansion territoriale dans des zones qui lui ont toujours été hostiles malgré son règne quinquagénaire. Il s’agit notamment des circonscriptions de la zone sud, notamment celles de la région maritime qui ont toujours été acquises à l’opposition malgré les manœuvres frauduleuses avérées ou supposées de la part du pouvoir. L’enjeu principal à ce niveau demeurera dans la prise des sept (7) communes de la préfecture du Golfe composant le district autonome du Grand Lomé. N’ayant pas pu réellement jauger son ancrage dans ces communes lors des dernières législatives en étant face qu’à des candidats de très faible envergure de l’opposition modérée, le parti au pouvoir aura fort à faire pour conquérir ces communes face à une opposition radicale revancharde mais attendue au tournant par ses électeurs.

Pour l’opposition, il s’agira de régler les problèmes de leadership entre les différents partis politiques et leurs leaders dans l’optique d’une éventuelle candidature unique. Il s’agirait d’une sorte de primaires pour la désignation du candidat unique de l’opposition et couperait court avec les discussions interminables et inutiles suscitées par cette désignation par le passé. Toutefois, avec le rétablissement du scrutin à deux (2) tours par la loi constitutionnelle du 15 mai 2019, il n’est plus indispensable à l’opposition de faire front commun au premier tour contre le parti au pouvoir. Dans ce cas, le les élections municipales du 30 juin permettrait uniquement à chaque parti de se faire une idée de sa popularité et de mesurer son ancrage territorial à neuf (9)  mois de la présidentielle.

 

3. L'énigmatique Sénat en vue

 

Mil cinq cent-vingt-sept (1527)  sièges de conseiller municipal à pourvoir et cent-dix-sept (117) postes de maire en vue, mais ce n’est pas tout. Les principales têtes d’affiche aux élections municipales du 30 juin 2019 ont également tous en ligne de mire le futur Sénat dont on a toujours du mal à être convaincu de son utilité. Instituée par la réforme constitutionnelle du 31 décembre 2002, cet énigmatique Sénat n’a toujours pas été mis en place, sa composition étant dépendante pour une très grande partie des élections locales qui étaient toujours attendues.

L’article 52 de la Constitution prévoit que le Sénat est composé de deux tiers (2/3) de personnalités élues par les représentants des collectivités territoriales. La loi organique n°03-013 du 17 octobre 2003 relative au Sénat prévoyait en son article 3 que les sénateurs sont élus par les conseils de préfecture et conseils municipaux mais cette disposition est rendue caduque par la loi constitutionnelle du 15 mai 2019 qui a modifié l’article 141 de la Constitution en supprimant la préfecture de la liste des collectivités territoriales. On attend donc dans les prochains jours la modification de la loi organique sur le Sénat afin de prendre en compte la modification constitutionnelle en transférant aux conseils municipaux ou régionaux la responsabilité de la désignation des sénateurs qui relevait des conseils de préfecture désormais supprimés.

Une chose est sure, si le Gouvernement veut aller vite dans la mise en place du Sénat, il reviendra aux conseils municipaux élus le 30 juin 2019 de désigner les premiers sénateurs de la IVe République. Par conséquent, beaucoup de personnalités politiques se positionnent à travers les prochaines élections. Bon nombre d’entre eux, têtes de liste de leurs partis, n’ont en réalité rien à faire d’un hypothétique poste de conseiller municipal ou de simple maire, mais lorgnerait un ultime mandat national au Sénat.

Il s’agirait notamment d’une porte de sortie honorable pour les éléphants de l’opposition radicale qui régentent la vie politique depuis plus de trois décennies sans réel succès. Poussés vers la sortie par le peuple lassé par leurs échecs répétitifs et par la jeune génération d’hommes politiques qui attend de s’affirmer, ces opposants éternels marqués par le sceau de l’échec et évincés de l’Assemblée nationale par leur cupidité, s’accrochent désormais au rêve ultime de sénateur.

 

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article