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Droit et politique togolais

Aboudou Assouma juge constitutionnel ou griot du prince ?

3 Mai 2020 , Rédigé par Zeus Dodji Akpatcha Publié dans #Actualités

Plus de deux mois après avoir été proclamé vainqueur de l'élection présidentielle du 22 février 2020, Faure GNASSINGBE a rempilé ce dimanche 3 mai pour son quatrième mandat de cinq (5) ans à la tête de l'Etat togolais. La cérémonie de prestation de serment, prévue à l'article 64 de la Constitution devant marquer le début du nouveau mandat, s'est tenue exceptionnellement devant un public restreint dans ce contexte particulier de l'épidémie du Covid 19. Mais contre tout attente, le président de la Cour constitutionnelle a volé la vedette au chef de l'Etat par un discours tendancieux inopportun, jetant davantage du discrédit sur sa personne et l'institution qu'il préside.

Le président de la Cour s'est complètement écarté de son rôle de juge constitutionnel pour embrasser un rôle de griot du régime incompatible avec ses fonctions. Pendant plus d'une demi-heure d'allocution, Abdou Assouma, religieusement entouré des autres membres de la Cour constitutionnelle, tel un prêtre et ses enfants de chœur, s'est lancé dans des envolées lyriques louant et défendant les actions menées par du chef de l'Etat et vilipendé ses adversaires. Un exercice parfaitement réussi!

Le président de la Cour constitutionnelle du Togo a démontré qu'il est meilleur comme griot du régime de Faure Gnassingbé que lorsqu'il exerce ses fonctions de juge constitutionnel. Le discours du maître de cérémonie n'avait rien à envier à la lecture des motions de soutien au chef de l'Etat dont on était habitué sous le régime Eyadema. Le président de la Cour est soudainement devenu prolixe là où on l'entendait le moins alors que lorsqu'il s'agit d'exercer sa mission, c'est-à-dire de dire le droit, il se retranche derrière des formules laconiques dont lui seul et ses serviteurs de la Cour ont le secret.

Les attaques gratuites et menaces à peine voilées vis-a-vis de la dynamique Kpodzro et de son candidat sont très malvenues à cette occasion. Il appartenait au président de la Cour, dans son rôle de maître de cérémonie, de se contacter de veiller au bon déroulement de la cérémonie de prestation du mandat dont il a la charge. Mais chasser le naturel, il revient au galop ! Aboudou Assouma n'a pas pu contenir ses pulsions militantes. Il lui fallait exprimer de vie voix son soutien à son "champion", comme si le fait de lui témoigner ce soutien dans ses décisions et avis n'était pas suffisant pour que l'on sache pour qui lui et sa bande de poltrons roulent.

Le président de la Cour a ouvertement violé le serment d'impartialité qu'il a prêté lors de son entrée en fonction. Le comportement partisan et militant de la Cour montre que les réformes institutionnelles, notamment la loi organique n° 2019-023 du 26 décembre 2019 sur la Cour constitutionnelle,  n'ont pas de sens que si elles ne sont pas  accompagnées d'une réforme des hommes. Peut-être après plus de vingt ans (20) ans passés à la Cour, le temps serait venu pour le faiseur de roi d'envisager sa reconversion en tant que griot du prince ? 

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